En Guadeloupe, l'absence de charbon actif met en péril l'approvisionnement en eau potable pour 112 000 foyers
La Guadeloupe se trouve confrontée à une situation critique où l'approvisionnement en eau potable est gravement menacé pour plus de 112 000 foyers. Cette crise trouve sa source dans l'absence de charbon actif, un élément indispensable pour garantir la potabilité de l'eau, notamment pour éliminer les polluants tels que le chlordécone, un pesticide ancien aux conséquences durables sur la santé publique et l'environnement. Plusieurs usines de production d'eau sont au bord de l'arrêt, risquant ainsi de plonger des dizaines de milliers d'habitants dans une situation délicate face à l'accès à cette ressource vitale. Cette problématique soulève d'importantes questions quant à la gestion durable des ressources en eau en Guadeloupe et à la résilience des infrastructures indispensables à la qualité de vie de ses habitants.
Les enjeux cruciaux du charbon actif dans le traitement de l'eau en Guadeloupe
Le charbon actif constitue un pilier incontournable dans le processus de filtration de l'eau potable en Guadeloupe. Utilisé pour sa capacité exceptionnelle à adsorber les polluants organiques et chimiques, il joue un rôle de première ligne dans la sécurité sanitaire de l'eau distribuée à la population. Le continent guadeloupéen fait face à une menace environnementale spécifique, le chlordécone, dont les résidus contaminent durablement les sources d'eau. Ce pesticide, dont l'utilisation a cessé il y a plusieurs années, demeure pourtant un défi majeur, nécessitant une filtration rigoureuse via le charbon actif pour assurer une potabilité conforme aux normes en vigueur.
En dépit d’une ressource en eau abondante, la Guadeloupe doit surmonter des failles structurelles au niveau de ses réseaux et de ses capacités de production. En effet, le renouvellement et le chargement du charbon actif dans les usines d'eau potable sont des opérations critiques qui garantissent la qualité de l’eau. Or, la défaillance de l'entreprise ACPM ingénierie, seule fournisseur capable d'assurer cette mission dans la région, met en péril tout le système de traitement.
- Rôle du charbon actif : élimination des polluants organiques, pesticides, et autres contaminants nocifs.
- Risques sanitaires : exposition prolongée au chlordécone liée à des troubles de santé publique significatifs.
- Importance stratégique : assure l’approvisionnement régulier en eau potable conforme aux standards internationaux.
Le non-renouvellement du charbon actif notamment à l’usine de Belleterre à Gourbeyre illustre les enjeux : en janvier 2025, seulement 80 % du volume nécessaire avait été chargé, un volume insuffisant pour garantir l’efficacité des filtres et préserver la qualité de l’eau. Aujourd’hui, pour éviter la dégradation de ce service public essentiel, 7 tonnes de charbon actif doivent être installées avant juin. Or, ce délai n’est toujours pas respecté, faisant craindre une contamination de l’eau distribuée, avec des conséquences graves pour les usagers dépendant de cette source.
| Usine | Volume de charbon actif nécessaire (tonnes) | Date limite de chargement | Communes desservies |
|---|---|---|---|
| Belleterre (Gourbeyre) | 7 | 1er juin 2025 | Gourbeyre |
| La Plaine (Trois-Rivières) | 7 | Début juin 2025 | Trois-Rivières |
| Gommier (Trois-Rivières) | 8 | 9 juin 2025 | Trois-Rivières |
| Belle-Eau Cadeau | 81 | 30 juin 2025 | Multiples communes |
Sans intervention rapide, l’eau ne sera plus potable pour plus de 112 000 abonnés, soit environ 220 000 habitants, ce qui met en lumière la fragilité de la gestion de cette ressource.
Conséquences directes de la pénurie de charbon actif sur la santé publique en Guadeloupe
La potabilité de l'eau est une garantie fondamentale de santé publique, particulièrement en Guadeloupe où la vulnérabilité aux polluants environnementaux est élevée. Le chlordécone, interdit depuis plusieurs décennies, reste présent dans les nappes et eaux superficielles. Sa persistance chimique impose un traitement rigoureux et constant de l’eau consommée. L'absence ou la saturation du charbon actif dans les filtres expose la population à un risque accru de contamination.
En effet, la détérioration de la filtration entraîne une diffusion possible de particules toxiques, menaçant à la fois les adultes et les enfants d’affections graves, comme certains cancers, troubles neurologiques et atteintes reproductives. Face à ce risque, les autorités ont déjà pris des mesures d’interdiction ponctuelle de consommation, comme ce fut le cas à l’usine de Belleterre en août et décembre 2024. Ces épisodes témoignent de la précarité du système et de l'ampleur des conséquences potentielles.
- Vulnérabilité des populations : les enfants et femmes enceintes sont particulièrement exposés.
- Impact sanitaire : risque accru de maladies chroniques liées à la pollution chimique.
- Conséquences sociales : perte de confiance dans les services publics, recours accru à l’eau embouteillée coûteuse et génératrice de déchets plastiques.
Par ailleurs, cette situation provoque une surcharge sur les infrastructures hospitalières et des coûts sanitaires importants. La qualité de vie globale est affectée, et les populations les plus défavorisées sont de loin les plus touchées. Par ailleurs, cet épisode d'approvisionnement souligne combien la disponibilité et la gestion durable des ressources en eau sont primordiales pour maintenir la santé publique sur le long terme.
| Type de risque | Description | Population affectée | Mesures préventives en cours |
|---|---|---|---|
| Contamination chimique | Présence de chlordécone dans l'eau non filtrée | Toute la population, enfants et femmes enceintes en priorité | Filtration au charbon actif et interdictions temporaires de consommation |
| Risques sanitaires indirects | Consommation d'eau non conforme | Communautés vulnérables | Distribution d'eau embouteillée, campagnes d'information |
| Impact environnemental | Augmentation du plastique utilisé pour compenser manque d'eau | Population entière | Promotion de solutions durables et réduction des déchets plastiques |
Facteurs structurels et organisationnels à l’origine de la crise du charbon actif en Guadeloupe
Le dysfonctionnement majeur vient de la société ACPM ingénierie, unique fournisseur de charbon actif pour le territoire et les départements limitrophes. Depuis début 2025, cette entreprise est en situation de quasi-faillite opérationnelle, ne respectant pas ses engagements contractuels. Le 23 mai, le préfet Xavier Lefort a dû prendre un arrêté de réquisition envers le directeur général de la société, Xavier Marc, afin de forcer la reprise des opérations essentielles. Cette décision illustre la gravité du blocage, d'autant que, malgré cette mesure, aucun progrès tangible n'est observé.
Cette situation met en lumière plusieurs problèmes organisationnels et institutionnels :
- Monopole de fait : absence d'alternatives ou de fournisseurs concurrents sur ce marché.
- Manque de responsabilité : refus de signature de la réquisition par le directeur d’ACPM ingénierie.
- Carences de la gouvernance : difficulté des autorités locales à assurer un suivi efficace et un contrôle rigoureux des prestations.
- Insuffisance de réactivité : retards dans le renouvellement des carburateurs de charbon actif malgré l'urgence sanitaire.
Cette crise traduit une fragilité institutionnelle qui menace la sécurité des populations mais aussi la confiance dans les structures publiques chargées de la gestion de l’eau. Selon des acteurs de terrain, la mauvaise gestion récurrente, associée à un manque d’investissement, creuse un fossé qui appelle à une réforme urgente, reposant sur la transparence, la diversification des acteurs et le renforcement des capacités techniques.
| Problème | Conséquences | Solutions envisagées | Responsables |
|---|---|---|---|
| Monopole d'ACPM ingénierie | Blocage dans l’approvisionnement en charbon actif | Ouverture à d’autres fournisseurs, appels d’offres transparents | Collectivités locales, préfecture |
| Défaillance contractuelle | Retard dans le renouvellement, exploitation des filtres inefficace | Sanctions, réquisitions judiciaires et pénales | Direction de la société ACPM, justice |
| Mauvaise gestion locale | Perte de confiance et risques sanitaires, coupures | Réorganisation du Syndicat Mixte de Gestion de l’Eau (SMGEAG) | Autorités locales et préfet |
D'autres usines importantes touchées, à Trois-Rivières et Belle-Eau, exacerbent une crise déjà majeure. Face à ce tableau inquiétant, l’action judiciaire est désormais évoquée pour garantir l’approvisionnement essentiel, une mesure lourde de conséquences mais nécessaire pour la sécurité des foyers guadeloupéens.
Impact socio-économique et environnemental de la crise d’approvisionnement en eau potable
Cette crise autour du charbon actif ne se limite pas à un simple problème technique ; ses répercussions s’étendent largement sur la sphère socio-économique et environnementale locale. La privation d'eau potable affecte directement la vie quotidienne des milliers de foyers concernés et induit des coûts supplémentaires pour les familles et les collectivités.
Notamment, l’augmentation de la consommation d’eau embouteillée engendre :
- Coût financier élevé pour les ménages les plus modestes obligeant à faire des arbitrages difficiles.
- Prolifération des déchets plastiques impactant négativement la biodiversité marine et terrestre.
- Pression accrue sur les infrastructures de distribution avec des coupures susceptibles de freiner l’attractivité touristique, un secteur vital pour la Guadeloupe.
De plus, la problématique interroge la capacité des institutions à assurer un développement durable des ressources naturelles. La durabilité de la gestion de l’eau dépend d’une vision à long terme intégrant :
- La diversification et la résilience des circuits d’approvisionnement,
- Le renforcement des infrastructures de traitement adaptées aux spécificités environnementales,
- La sensibilisation et l’engagement des populations à la préservation de l’eau et de la qualité de son environnement.
Cette situation est d'autant plus critique que près de 37 000 habitants de Guadeloupe continuent encore à faire face à un accès limité ou à des coupures fréquentes d’eau potable, situation aggravée par les intempéries saisonnières et les infrastructures souvent vieillissantes. Des mesures d’urgence et de moyen terme sont indispensables pour rompre ce cercle vicieux et garantir la résilience de l’archipel.
| Conséquence | Détail | Impact à court terme | Solution pour le développement durable |
|---|---|---|---|
| Privation d’eau potable | 220 000 personnes touchées | Coupures, utilisation d’eau impropre | Amélioration des chaînes d’approvisionnement, diversification |
| Augmentation des déchets plastiques | Plus de bouteilles consommées | Pollution environnementale accrue | Promotion de solutions zéro plastique, recyclage |
| Impact économique | Charges supplémentaires pour foyers et collectivités | Réduction du pouvoir d’achat | Politiques publiques de soutien et aides financières |
Les voies possibles pour surmonter la crise et garantir un approvisionnement durable en eau potable
Afin de répondre à la crise majeure déclenchée par le manque de charbon actif, plusieurs pistes d’action se dessinent en Guadeloupe. Il est impératif de combiner réactivité avec construction de solutions durables.
- Renforcement des capacités locales : développement et formation de nouvelles entités capables de gérer le renouvellement des filtres et leur approvisionnement.
- Diversification des fournisseurs : mise en place d’appels d’offres ouverts pour éviter la dépendance à un seul acteur comme ACPM ingénierie, source de vulnérabilité.
- Modernisation des infrastructures : investissement dans des technologies innovantes de traitement de l’eau adaptées aux spécificités guadeloupéennes.
- Implication citoyenne : campagnes d’information sur la préservation des ressources et la vigilance quant à la qualité de l’eau.
- Renforcement réglementaire : suivi renforcé des marchés publics et sanctions dissuasives pour non-respect des engagements.
L’objectif est clair : assurer la sécurité sanitaire à long terme tout en intégrant la dimension environnementale et économique dans une démarche de développement durable. Cette approche doit aussi répondre aux défis climatiques et à l’augmentation des besoins en eau d’une population en croissance.
| Action | Objectif | Acteurs impliqués | Impact attendu |
|---|---|---|---|
| Formation et développement local | Autonomie et résilience dans la gestion de l'eau | Collectivités, entreprises locales | Réduction des risques d'approvisionnement |
| Appels d’offres ouverts | Diversification des fournisseurs | Préfecture, autorités publiques | Moins de risques de monopole, meilleure qualité |
| Modernisation technique | Adaptation aux contraintes environnementales | Institutions publiques, experts techniques | Amélioration de la qualité et durabilité |
| Campagnes de sensibilisation | Engagement citoyen pour la protection de l’eau | Associations, collectivités | Meilleure préservation des ressources et comportements responsables |
| Renforcement des contrôles | Respect des contrats et qualité | Autorités, justice | Garantie de service et prévention des crises |
Face à cette urgence, l’implication collective entre autorités, entreprises et citoyens s’annonce comme la clé pour concrétiser ces transformations indispensables à un approvisionnement pérenne. La mobilisation des acteurs est une étape capitale pour ne pas laisser l’eau de Guadeloupe devenir une denrée fragile.